Les traditions

vendredi 18 mai 2007
par  le chazellois

JPEG - 8.7 ko

TRADITIONS

- La chapellerie, plusieurs fois centenaire, a laissé des traces, bien sur. J’avais hélas raison lorsque je disais qu’il n’en resterait plus, un jour, que le musée, catalyseurs de souvenirs.

- Toutefois, il faut souhaiter bon vent à la courageuse petite entreprise subsistant à Chazelles qui assure la couverture d’un petit marché.
Nul ne peut connaître l’avenir. Un jour, peut-être, les conditions de vie qui changent à la vitesse grande V, imposeront-elles à nouveau une coiffure.

- Autour et à l’intérieur de notre industrie traditionnelle, retrouvons-nous tant d’anecdotes correspondant à l’esprit gouailleur et bon enfant de nos chapeliers. La flexibilité de l’emploi, pour employer un langage d’aujourd’hui, était de règle. IL n’y avait pas d’horaire précis. Le travail en équipe dans les grandes usines, arrangeait ceux qui, en cours de semaine avaient besoin de s’aérer à la cueillette des champignons ou à la pêche à "Coise", comme on disait. Un certain laxisme engendrait, avec la peine et la chaleur, une... soif qui dépassait parfois la mesure, d’ou il résultait une gaieté que constataient autrefois visiteurs, représentants, fournisseurs. Les fournisseurs extérieurs, surtout les représentants en particulier, recevaient chez leurs clients, un accueil si cordial, qu’il fallait bien une semaine pour assurer la tournée complète de la vingtaine de fabriques. Les hôtels de France et du Centre bénéficiaient de ces rapports qu’il¬lustraient des "bringues" mémorables entre bons vivants, pleins d’optimisme et de moyens. A l’intérieur de chaque atelier, régnait une camaraderie qui ne laissait rien passer des occasions de fêter les "Saints" et les "Diables", passage de l’apprenti à l’ouvrier spécialisé. On avait peu de moyens de transport, ou même pas. Toul se passait à Chazelles ; c’était le temps du cinéma muet, ou parlant à la fin. Il y a eu jusqu’à 4 salles de cinéma : l’Olympia, l’ancêtre d’avant 1914, le Foyer de la Maison d’Oeuvres, la salle Iris, anciennement brasserie de la rue de la Gare, et celle de la C.G.T, rue Besson, Ces deux dernières toutefois éphémères. Le cinéma itinérant du Centre Culturel comble en partie ce vide, mais

la télé est là.

- Certaines Sociétés donnaient chaque année leur concert, offert gracieusement à leurs membres honoraires. La Maison d’Oeuvres, avec toutes ses sections du milieu paroissial, donnait de nombreuses séances, mais les concerts les plus goûtés étaient ceux de l’Amicale Laïque qu’animait Agathe PUPIER et surtout l’A.S.C sous la
direction et ou participation d’Adrien MOUNIER et de Pétrus DURET. Si, aujourd’hui, le 14 juillet, outre ses manifestations semi patriotiques, attire de nombreux forains, cela est sans commune mesure avec la vogue du 15 Août,fête patronale, organisée autrefois par des groupes de jeunes gens entreprenants. Les ressources ne manquaient pas. Les coupeurs de poils remettaient le gros chèque. On commençait tôt avec les salves d’artillerie (les boites, comme on disait), puis les aubades de distribution de brioches. Les bals populaires se succédaient sur la place Poterne ou il avait fallu construire le kiosque plutôt qu’au jardin public. On enterrait la vogue au cours d’une immense farandole nocturne a laquelle participait toute la jeunesse et même beaucoup d’adultes. On finissait au pré, un après-midi champêtre de clôture et l’on disait, en parlant des festivités dont les lampions s’éteignaient : Adjeu don, la vogue. Y reviendra
l’an que vient, je faron le mémo train ?

- Ni la télé, ni la radio n’étaient encore à l’ordre du jour. La musique n’en passionnait pas moins les Chazellois qui appréciaient les concerts et les défilés
d’une harmonie valeureuse et bien dirigée par les chefs successifs : JUILLET Père et Fils, POYOT, Hyacinthe MOREAU, Marius NEEL, Alfred CHAVOT.

Il conviendrait de mentionner ici toutes les activités d’une cité qui trouva presque en tout temps, j’insiste sur le mot presque, des dirigeants dévoués, convaincus, compétents. Je dois renvoyer le lecteur au bilan socio-économique dressé en 1977 par le Cabinet BRESCI GIRAUDON chargé par le Commissariat à l’Industrialisation du Massif Central, document appartenant au Comité d’Expansion de la Loire que j’ai présidé 12 ans. Statistiques et graphiques sont plus éloquents que toute autre publication pour celui qui a le goût des chiffres et de la froideur des publications administratives. Pour moi, il me reste un champ assez vaste à faire parcourir à qui daignera lire ces lignes. J’ai donné, ou crois avoir donné la mesure de ce qui peut se passer au 20ème siècle à travers les mutations diverses dans une petite ville de 5 000 habitants. La vie associative a son déploiement sur tant de terrains. Nous évoquions, plus haut, la musique, qui eut son chant choral au sein de l’Harmonie, comme sous la liturgie religieuse avant les musiques modernes de ces dernières années passé, qui trouvait racines dans les traditions militaires.

- Plusieurs groupements avaient leur clique abondamment fournie : Amicale laïque,Vaillante Gymnastique, Espérance, pompiers, entraînaient les défilés.

Les pompiers, eux, c’est tout autre chose, leur but n’a pas changé, au service bénévole de presque tous les concitoyens. Un matériel de chaque époque, périls divers à combattre. Il faut bien des dévouements pour assurer ce service et nos pompiers n’en manquent point. Logés aujourd’hui par nos soins, et dotés d’un équipement adéquat, le corps des Sapeurs Pompiers est épaulé maintenant par les équipes de secouristes de la Croix Rouge formées judicieusement pour leur tâche humaine. Une formation de cadets abonde le recrutement.

- Quant au Social, je crois que la Mutualité a joué un très grand ro1e de pionnier. Les Sociétés de Secours Mutuels ont été nombreuses, elles ont aidé la Sécurité Sociale à s’organiser, elles ont créé les toutes premières de très faibles retraites. Ses fondateurs, je n’en citerai qu’un, Joanny DESAGE furent aussi les premiers syndicalistes.
La solidarité ouvrière, quelque peu en sommeil aujourd’hui, connut au début du siècle un développement sérieux, parfois un peu dur, mais plus souvent apte à la conciliation.

Anecdote locale ou nationale, récemment l’un des chroniqueurs natif de Chazelles, enfant de Maringes, a publié un recueil d’anecdotes savoureuses. Relations embellies de petits incidents locaux ; je les connaissais sous une forme un peu différente, mais le conteur, plein de talent, fait ressortir tant de sel !
Notre pays et ses chapeliers offrent une gamme étendue de blagues, tradition
oblige, les apprentis fouleurs ou approprieurs avaient tous parcouru jadis les usines à la recherche de la meule à aiguiser les manicles ou les fers, à la
manière de jeunes recrus de l’aviation qui cherchaient la clé de la piste d’envol.
Les approprieurs chantaient :

« A lé mo, a lé mo lo tombo
Qui que la toua, ou vé lo gaillifo. »

Quel était ce personnage ? Le malheureux homme de peine qui avait laisser éteindre le"tombeau". Le tombeau était le phare à charbon disposé pour le chauffage des fers à repasser le feutre. La saison de la plume, feutre à longs poils soyeux, destinés à la haute mode de Paris, appelé aussi Melusine. La capitale offrait pendant une
saison des emplois dans la transformation de la plume.

- On partit faire la plume à Paris, comme d’autres partent en vendange. Il fallait se décider très vite, sans même avoir le temps de prévenir la famille. On travaillait dur avec de longs horaires. A l’arrêt on prévenait d’une affiche "fermé pour cause de chaleur" comme disait quelqu’un que j’ai bien connu. Certains revenaient "raides", les gains importants avaient fondu comme neige au soleil dans ce "gay Paris", célèbre de par le monde. Certes, le niveau culturel des chapeliers n’était pas très élevé, n’empêche que beaucoup d’intelligences auraient pu mener un grand nombre aux carrières intellectuelles.
Mais on travaillait à partir de 13 ans, de 12 même avec le certificat d’études et une attestation médicale. Heureux ceux qui pouvaient accomplir leurs trois ans
de C.E.G pour obtenir le Brevet Elémentaire, même l’entrée à l’Ecole Normale
qui forma tant d’enseignants valeureux. Le lycée et les établissements religieux
étaient réservés aux fils ou filles d’industriels sans toujours obtenir un ou deux
bacs. Pas mal de Chazellois sont devenus prêtres ou religieux souvent fils de cultivateurs, les filles plus fréquemment. Le Chazellois pourtant, et c’était aussi connu, ne manque ni d’esprit ni d’humour qui transparaît jusque dans les surnoms. De nos jours, la culture, sous tous ses aspects, est à l’ordre du jour et à la portée de tous.

- Il y eut, comme je l’ai déjà dit, quatre cinémas et même deux bibliothèques qui étaient très suivies et abondamment pourvues. La dernière que nous avons construite à la faveur d’une opération d’urbanisme.
La vie moderne a transformé les conditions familiales. Les moyens de communication ont rompu l’isolement relatif qui faisait replier sur eux-mêmes villages et gros bourgs comme le nôtre. La plupart des traditions se sont perdues au fil du temps. On peut le déplorer, mais il faut suivre le mouvement. Il n’est plus permis de rester en arrière.

- Il convient d’indiquer ici que les allocations familiales, idée que réalisa un sociologue, ne furent pas, dès l’abord, pratiquées officiellement. Parmi les premières expériences en France, figure celle de Chazelles, chapellerie, particulièrement bien accueillie.

LE COMMERCE LOCAL :

- Il a comme partout évolué, prit d’autres formes, créé de nouveaux besoins. Mon ami Jean BOUTEILLE, aura-t-il le temps de compléter a sa façon originale, la documentation de mon propre souvenir. Les cafés pullulaient autrefois. La place Poterne était presque entièrement entourée de "bistrots". Les "rues industrielles" bordées de lieux de "desserte" des usines 7 rue de la Gare, ex, rue
Claude Protière aujourd’hui, 3 ou 4 hôtels plus aucun aujourd’hui. Ainsi en est-il aussi rue de Lyon ou j’avais pu obtenir l maintien sur Chazelles d’une licence grande Rue avec un seul café. Cala est le signe des temps, mais on peut considérer que la régression de l’alcoolisme est une bonne chose.
Néanmoins, on a besoin de points de rendez-vous, encore que les Cercles des Sociétés sont la pour cela : l’Amicale Laïque, le Clos Courage, le centre des Anciens de l’Avenue des Tilleuls. Il y avait 14 boulangeries à Chazelles entre les deux guerres. Il en reste la moitié, la consommation de pain n’étant plus la base de l’alimentation humaine. Les épiceries jalonnaient les rues. Elles ont fait place aux grandes et moyennes surfaces d’aujourd’hui importées des Etats Unis. Entre temps, Casino et Coop ont occupé une place importante, devenue traditionnelle, sous diverses formes évolutives. Tout le reste est à l’avenant, selon la vie nouvelle par rapport à celle que ma génération a vécu, si différente. Les
professions ne sont plus les mêmes, pas de maréchaux ferrants, les garages les ont remplacés ; les médias dont on peut considérer qu’avec la voiture, la télé, la vie de famille, la fraternisation entre voisins à été bien modifiée. A lire SABATIER et notamment dans sa série OLIVIER, on retrouve dans un quartier restreint de Montmartre comme dans le bourg de Saugues, son village natal, les coutumes, les personnages, la vie d’avant les guerres de notre époque et ce n’est pas sans émotion que ces rappels et ces récits nous amènent aux similitudes, aux
comparaisons avec chez nous.

- En écoutant la radio, je viens d’entendre Jacques CHANCEL interviewer Jean CAU,
qui en parlant du très célèbre éditeur GALLIMARD se substitue à lui dans une critique des écrivains contemporains.
Je savais qu’il avait la dent dure, car il avait hérissé le poil de Jean DANIEL, l’inspirateur du Nouvel Observateur. Bien sûr, tout individu qui écrit, et il
y a des exemples nombreux dons l’histoire littéraire, s’expose, le sachant, à
la critique avec ses effets négatifs, superficiels d’ailleurs, et qui après une certaine réflexion deviennent générateurs de la publicité qui fait le succès.
GALLIMARD ne pouvait égratigner ses clients, alors Jean s’inspire des confidences de l’éditeur. Je crois qu’il est bon, quand on a l’esprit ouvert, d’entendre des sons de cloches qui sont parfois à l’inverse des louanges, à la mesure de la renommée. Combien modestes les inspirations sont elles du simple chroniqueur qui relate les évènements qu’il a vécu, et cela sans prétention. Cette réflexion me ramène à l’esprit initial de ce simple document qui se voulait dans un certain esprit la suite d’un ouvrage local qui s’arrêtait à 1914.
Il reste peu d’exemplaire de "l’histoire de la ville et de la Commanderie de Chazelles"
d’Hippolyte Bourne patient chercheur d’éléments authentiques et d’un lointain
passé. Le hasard m’ayant procuré récemment une reprise de contact avec un ami d’il y a 30 ans, je connaissais, bien sûr, ses origines chazelloises, et "Messine", (la petite commune de Meys dans le Rhône, village natal de la mère du Président Félix FAURE) qui coïncident avec les miennes. Il s’est trouvé, que parallèlement à mon action, il a détenu, comme moi, les mêmes fonctions de Maire, de Conseiller Général, de Président au Comité Départemental d’Expansion ; par l’intermédiaire du Directeur du Comité de la Loire les liens ont été recollés
entre gens de mêmes soucis et de semblable vocation. Notre position, comme par rapport à nos anciens mandats nous écartent tous deux de la tache remplie pendant plus d’un quart de siècle en ce qui me concerne. Nous allons ensemble, selon nos nouveaux loisirs, jumelé nos recherches. Si j’ai évoqué le travail de Bourme, c’est que mon collègue était en possession et actuellement plongé dans l’étude de ses textes, qui ne peuvent être un livre de chevet que pour des passionnés de l’histoire locale. Le Comité d’Expansion, auquel je me suis référé, ci-dessus, me permettrait d’insérer les témoignages d’enquête sur l’industrie de la chapellerie et d’insérer les témoignages d’enquête sur l’industrie de la chapellerie. Mais je renvoie le lecteur au document BRESSY auquel je fais allusion plus haut

- Je viens de prendre congé, comme mon collègue du Puy de Dôme, du Comité de la
Loire n’étant plus mandaté par le Conseil Général. La logique politique implique
la participation d’organismes de nombreux conseillers généraux siégeant au bureau. Un nouveau président sera désigné sous peu. Je veux dire ici même que si je n’intéresse personne, combien m’ont touché les témoignages affectueux, je puis le dire, d’un personnel compétent et dévoué, qui m’ont été prodigués et j’en suis très fier et très honoré.
Le Comité d’Expansion, l’appellation en définit elle-même le but :
pour la Loire, comme pour le Puy de Dôme, un premier objectif : reconversion industrielle à la décadence des activités centenaires.
Lorsque je parle de personnel compétent et dévoué, je crois qu’il en fut de même là où j’en étais le "patron", à la Mairie, à l’Hôpital. Je laissais, je le crois, certains regrets et certaines manifestations de sympathie me touchent très profondément.


Météo

Chazelles-sur-Lyon, 42, France

Conditions météo à 0h0
par weather.com®

Inconnu

°C


Inconnu
  • Vent :  km/h - N/D
  • Pression :  mbar tendance symbole
Prévisions >>


Statistiques

Dernière mise à jour

mercredi 15 avril 2015

Publication

91 Articles
Aucun album photo
Aucune brève
4 Sites Web
2 Auteurs

Visites

68 aujourd'hui
68 hier
124540 depuis le début
1 visiteur actuellement connecté