Le monde rural

vendredi 18 mai 2007
par  le chazellois

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EVOLUTION DU MONDE AGRICOLE CHAZELLOIS DE 1933 A NOS JOURS PAR E. PONCET

LA SITUATION EN 1933 :

- J’ai choisi de débuter ce modeste historique en 1933, car cette année là, je faisais mon entrée dans le monde du travail comme berger... à l’âge de 11 ans !
Oui 11 ans ! Enfants qui lisez ces lignes, sachez que la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans m’aurait été douce et passionnante. Enfin, peut-être ai-je eu la chance de beaucoup apprendre dans le rude et riche livre de la nature.

- A cette époque, 200 exploitants se partagent le territoire agricole Chazellois. L’importance de leur exploitation varie de 2 à 70 hectares. La majorité de ces exploitations possède de 3 à 15 hectares de surface cultivable. Les trois plus importantes comprenant respectivement 25, 30 et 70 ha, autant dire que le paysage agricole est très morcelé.

- Les plus petites exploitations ne peuvent suffire à nourrir une famille. Aussi, leurs agriculteurs sont-ils dans l’obligation de trouver un travail annexe, le plus souvent donné "à prix fait" selon l’expression de l’époque. D’autres travaillent à la journée pour des collègues plus favorisés.

- Il faut déjà posséder ou louer de 6 à 8 ha pour être capable de louer les services d’un petit berger pour la période de mai à novembre, à condition bien sur que le couple n’ait pas d’enfant en l’âge de rendre ce service. Les plus gros exploitants, selon leur importance, embauchent un certain nombre de commis, de servantes, de bergers. Ils louent aussi les services d’ouvriers journaliers pendant la saison.

- La culture principale est le blé. N’oublions pas que le pain constitue la dominante essentielle de la nourriture à cette époque. Les autres céréales traditionnelles, de moindre importance, sont représentées par le seigle, l’avoine, l’orge. Les paysans cultivent aussi la pomme de terre, le topinambour, la betterave, la rave et le colza (très important car fournisseur d’huile).

- Le travail se fait principalement "à la main". Pour ceux qui peuvent supporter la dépense, il existe des faucheuses, des moissonneuses-lieuses tirées par des vaches ou par des boeufs. Je me réjouis toujours du spectacle de la batteuse à vapeur tirée par plusieurs paires de boeufs, qui se déplace de ferme en ferme. Si l’on considère aujourd’hui le moment des "battages" comme moment de fête, il faut savoir aussi que c’était une période de dur labeur.

- Il fallait être à la tête d’une dizaine d’hectares au moins pour posséder un cheval, utilisé non seulement pour le travail de la terre, mais aussi pour aller au marché.

- Le prix des fermages était très élevé. Par exemple annuellement, un fermier devait payer de 4 000 à 5 000 francs (de l’époque !) pour louer une exploitation d’une dizaine d’hectares. Si le propriétaire trouvait là un revenu annuel presque suffisant, par contre le fermier avait souvent bien de la peine à "joindre les deux bouts".

- Quelle est la vie du fermier en cette année 1933 ? Le travail est dur... très dur. Si la récolte est bonne, il faut absolument économiser le plus d’argent possible de façon à être capable de faire face les années de "vaches maigres". Le superflu n’est jamais de mise (on ne mange le beurre et les oeufs à la ferme que lorsqu’il y a mévente). Le marché local est d’importance car le paysan y porte pratiquement la totalité de sa production : beurre, oeufs, fromage, poulets, lopins, porcelets... le succès de sa vente est très inégal selon les saisons. Les choses ne vont pas trop mal en hiver car les produits sont plus rares, mais à la belle saison, il y a surplus de production. Alors il faut conserver les produits selon des procédés rudimentaires. Par exemple, le beurre est fondu, les oeufs sont conservés dans un lait de chaux... avec l’espoir de les négocier plus tard. Le paysan, lui, mange son lard et son saindoux !

- 1936 - Une évolution se fait sentir assez nettement, mais ses conséquences ne sont pas toujours heureuses. Les transports routiers prennent de l’importance modifiant ainsi les relations économiques. Les engrais font leur apparition, leur efficacité est réelle et la production augmente, mais, les récoltes se vendent mal.

- L’exode rural commence à se faire sentir pour plusieurs raisons : ville et campagne sont plus proche grâce à l’amélioration des communications que j’évoquais plus haut. La ville constitue un pôle d’attraction très fort pour les jeunes
ruraux. A mon avis, "les congés payés" octroyés aux ouvriers se révèlent l’une des motivations puissantes de cette attirance pour la ville.

- 1936 c’est aussi l’apparition de l’assurance obligatoire que doit payer l’employeur pour ses ouvriers agricoles. Bien sur, je ne conteste pas le bien fondé de cette innovation, mais cela augmente beaucoup les coûts de production pour les modestes agriculteurs de notre commune qui se trouvent dans l’obligation de réduire l’embauche du personnel qu’ils utilisaient jusqu’alors.

- 1939 -1945 :

LES ANNEES NOIRES

Noires aussi pour l’agriculture. Si l’exode rural se stabilise, l’agriculture communale, comme l’agriculture de la nation toute entière sont exsangues de la guerre, de la débâcle, de l’occupation. La production est en chute libre car les engrais, les semences sélectionnées ont disparu du marché.

- Cette chute est surtout sensible pour la pomme de terre qui, de plus, souffre de l’apparition du doryphore contre lequel il n’existe pas encore de moyen de lutte vraiment efficace. Le cheptel laitier a diminué de 25 %. En moyenne, une vache après avoir élevé son veau à hauteur de 100-120 kg, fournit péniblement l 000 litres de lait par an. Les céréales "rendent" moins de 10 quintaux à l’hectare.

- 1950 : Les engrais sont revenus en force, les rendements, le cheptel s’améliorent et les prix chutent aussi rapidement que ces progrès arrivent. Il faut bien dire que les prix étaient auparavant trop élevés à cause de la disette ; mais maintenant, ils sont bien trop bas et les agriculteurs connaissent le découragement.

- L’arrivée des premiers tracteurs a pour conséquence d’accélérer la suppression des emplois de valets de fermes, d’ouvriers agricoles. Les produits se vendent
mal sur les marchés locaux, les producteurs tendent de plus en plus à confier leur lait à des industriels qui organisent un ramassage.

- 1952 : Les agriculteurs perçoivent dorénavant les mêmes prestations familiales que les ouvriers. L’heureuse conséquence en est une meilleure scolarisation et une meilleure scolarité pour les enfants de la campagne. Leurs études terminés, les enfants issus des familles de petits exploitants s’en vont vers la ville ou ils pensent trouver de meilleures conditions de vie.

- La Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole (C.U.M.A) voit le jour à Chazelles. A sa naissance, elle est dotée d’un tracteur à essence équipé d’une charrue et d’une barre de coupe. Elle possède aussi une moissonneuse-lieuse et une scie circulaire qui fonctionnent à l’aide du tracteur. Chazelles connaît aussi la désertion de la campagne qui va s’accélérant : de 200 exploitations
en 1945, il n’en restera que 120 en 1968. Ce sont les plus petites d’entre elles qui disparaissent le plus rapidement. Déjà, le vieillissement de la population rurale se fait sentir.

- Un centre d’Etudes Agricoles se crée à Chazelles, son démarrage est timide : 4 adhérents. Il faut constater que le savoir-faire du paysan est jusqu’ici de tradition orale, l’expérience acquise de manière empirique se transmet de
père en fils.

- Même si chacun reconnaît toute sa valeur, toute sa richesse à cette tradition ancestrale, l’agriculteur est le premier à reconnaître qu’elle n’est plus suffisante. La complexité croissante de son environnement socioprofessionnel oblige l’exploitant à devenir un véritable technicien. Faut-il citer pour en être convaincu, le développement de la mécanisation, des produits de traitement, l’avènement de l’insémination artificielle, l’arrivée de multiples nouveaux engrais... ? A cela, l’agriculteur est mal préparé et il prend désormais conscience de son besoin de formation.

- 1957 : C’est l’arrivée des deux premières moissonneuses-batteuses ainsi que de divers autres matériels encombrants. Le camion du laitier devient plus important lui aussi et les cars de ramassage scolaire commencent à sillonner la campagne. Ces différents facteurs vont contraindre la Municipalité à augmenter son effort en faveur de la voirie rurale. Au fil des ans, l’élargissement des chemins, le goudron, puis l’enrobé à chaud contribueront à rendre les communications de plus en plus aisées.

- Ce travail sera mené parallèlement avec l’extension de l’eau potable à tout le territoire rural de la commune et la consommation accrue d’électricité demandera un renforcement du réseau.

- 1965 à nos jours : Nous avons déjà pénétré dans cette période au chapitre précédent en parlant des problèmes de voirie, d’eau, d’électricité.

- Plus précisément, le début de cette période connaît une profonde modification
des cultures. La pomme de terre disparaît pour faire place à la culture de l’herbe et du maïs en vue de l’ensilage. Cette technique nécessite un matériel spécial, et bien sur, onéreux, et les C.U.M.A vont se développer en plus grand nombre.

- A cette époque, beaucoup d’agriculteurs pensent que pour sauver leurs petites exploitations, ils doivent se spécialiser dans la production laitière. Jusqu’en 1984, un gros effort en ce sens, portant sur la sélection du bétail et la production fourragère, est accompli. Un hectare pourra, assez souvent subvenir aux besoins de deux vaches laitières contre une seule auparavant. Une bonne laitière pourra fournir annuellement 5 à 6 000 litres (rappelez-vous : l 000 litres pendant la dernière guerre !).

- Hélas, les décisions de la Communauté Européenne (réduction de 5 % de la production laitière) viennent à l’encontre de cet effort important et l’agriculteur connaît
à nouveau l’inquiétude et le doute.

- Que faut-il faire ? D’autant que la production des céréales est en constance baisse depuis 10 ans à cause de la mévente ? Vers quelle nouvelle reconversion se tourner ? Peut-être vers celle de l’élevage pour la viande ? Oui, mais elle nécessite plus de surface pour chaque tête ? Alors que va-t-il advenir des 80 producteurs actuels qui s’accrochent encore sur les pentes de nos collines qui voudraient rester verdoyantes et actives ?

LES RAVAGES DES EPIDEMIES AFFECTANT LES BOVINS DANS NOTRE COMMUNE

- En 1937, une terrible épidémie de fièvre aphteuse fit rage dans la commune. Le cheptel fut très affaibli, voire décimé.

- En temps ordinaire, il fallait environ 5 ans à un éleveur pour renouveler son troupeau en remplaçant progressivement les bêtes vieillissantes qui ne produisaient plus ou trop eu. Il aurait fallu une véritable fortune pour constituer d’un bloc un nouveau cheptel. Autant dire qu’en 1939, le cheptel était loin d’avoir retrouvé son importance de naguère. La guerre avec les réquisitions et les conséquences de la faiblesse de la production fourragère ne peut qu’aggraver la situation.

- En 1952, alors que les choses allaient en s’améliorant, une nouvelle et brutale épidémie saignait à blanc le cheptel et la bourse des éleveurs. Toutefois, les agriculteurs accueillirent très favorablement les moyens prophylactiques mis à leur disposition pour lutter contre cette fièvre dévastatrice.

- Fièvre aphteuse qui allait laisser d’autres traces. En effet, ces bovins qui avaient subi l’épidémie demeuraient affaiblis et devinrent une proie facile pour la tuberculose qui, à son tour, commit bien des méfaits.

- On proposa aux agriculteurs des moyens prophylactiques nouveaux pour enrayer cette tuberculose. Mais la réaction ne fut pas la même, bien que le gouvernement octroyât des subventions. Les bourses étaient plates, les moyens à mettre en oeuvre considérables : il fallait assez souvent renouveler entièrement les étables, c’est pourquoi, la réaction des agriculteurs fut... violente.

Le lait en chiffres

- Recensement de 1968

123 Producteurs de Lait.

De 20 à 30 ans   8
De 30 à 40 ans   29
De 40 à 50 ans   29
De 50 à 60 ans   25
Plus de 60 ans (dont 2+ de 80 ans   32
Moins de 2 ha   3
De 2 à 5 ha   13
De 5 à 10 ha   41
De 10 à 20 ha   50
De 20 à 50 ha   14
Plus de 50 ha   2
De 1 à 3 vaches   9
De 4 à 6 vaches   19
De 7 à 10 vaches   35
De 11 à 15 vaches   36
De 16 à 20 vaches   15
De 20 à 30 vaches   7
Plus de 30 vaches   2

AGRICULTURE

LA VIE RURALE AU DEBUT DE CE SIECLE A TRAVERS LES MARCHES :

- J’ai eu la chance de connaître mes deux grands-pères. L’un allait au marché à Saint Symphorien-sur-Coise, l’autre allait à celui de Chazelles ! Ils me parlaient souvent de l’avant-guerre (celle de 1914 bien sur) et surtout de l’année 1916
qui les avait beaucoup marqués. J’adorais écouter leurs histoires. Voici ce
qu’ils me racontaient.

- A Chazelles-sur-Lyon, le marché se faisait (déjà) le mardi et le vendredi, il commençait dès le lever du jour et revêtait une importance locale ; on y venait pour vendre ou pour acheter de 5 km à la ronde environ. Si l’on n’avait pas de cheval, ce qui était le sort commun, il fallait y aller à pied.

- Le marché de Saint-Symphorien-sur-Coise développait son activité le mercredi après-midi (déjà !) et sa zone d’influence s’étendait plus largement.

- Les cafés de l’époque s’accompagnaient presque tous d’une remise. Le jour du marché un garçon d’écurie s’occupait des attelages et l’on pouvait contempler de belles alignées chars à banc ou de breaks devant ces remises qui contenaient 20 à 30 chevaux.

- A Chazelles, le marché offrait tous les produits agricoles selon les saisons, mais les coquetiers n’avaient pas le droit d’acheter avant 11 heures.

- Saint-Symphorien était en plus un marché de coquetiers qui venaient s’approvisionner pour alimenter Lyon ou St Etienne.

- Si à Saint-Symphorien, le beurre se vendait surtout à la mollette, à Chazelles, les ménagères l’achetaient à la livre, à la demie ou au quart !

- Au marché, en toute saison, on trouvait du beurre, du fromage, des pommes de terres, des raves, des poireaux. Dès le mois de mars, les oeufs, les chevreaux, faisaient leur apparition, il y avait aussi le commerce du trèfle violet.

- En avril, quelques semences de pommes de terre. (les agriculteurs ne changeaient guère leur semence). Les variétés principales étaient la franco-Russe, la fifette, la Beauvais.

- En mai, on commençait à voir des jambons et des saucissons. Avant la Guerre de
14, la tradition voulait que beaucoup de familles vendent un ou deux jambons secs et quelques saucissons, de façon à gagner un peu d’argent. Les plants de betterave arrivaient de la plaine. En juin, juillet on "fait" son marché à la hâte,
car fenaisons et moissons n’attendent pas.

- En août, moment du battage, il y avait le marché du trèfle incarnat et des jarousses (sorte de lentilles). Avec Septembre, commençait le marché de la pomme de
terre que les acheteurs venaient chercher à la ferme pour les emmener à Lyon ou
à Saint-Etienne.

- Octobre - novembre, était la période prédominante pour les fruits : poires, pommes, coings, noix, noisettes, châtaignes, sans oublier les champignons ! En décembre,
on achetait des nèfles, mais les oeufs disparaissaient du marché.

- D’après les récits de mes grands-parents, il y avait deux sortes de paysans : ceux qui vivaient uniquement des produits de leur terre, et ceux qui, ne possédant qu’une ou deux vaches, exerçaient un métier complémentaire : meunier, scieur de long, tisserands, maçons...

- Si les premiers venaient surtout pour vendre leurs produits, par contre, pour
les seconds, le marché était l’occasion de rencontres pour prendre des commandes, fixer des rendez-vous. Une anecdote au passage : novembre 1906 fut un moment bien pénible car il fut précédé d’une grande sècheresse, les rivières étaient à sec et les meuniers n’avaient pas encore pu moudre la farine, si bien que le pain venait
à manquer.

- Au marché, on cherchait à rencontrer la fileuse qui traiterait la laine et le tisserand qui s’occuperait du chanvre, on apportait aussi son colza pour le faire transformer en huile.

- La ménagère achetait le strict nécessaire car l’argent était rare, le principal des emplettes était constitué par le pétrole acheté au litre ou au bidon et destiné à un éclairage parcimonieux, le savon de Marseille, le litre d’alcali, le quesiaux de veau ou d’agneau pour fabriquer la pressure, le sel, le sucre, un bouilli (pour Pâques ou pour une fête importante), du fil, des boutons, des galoches, des coupons de tissus que l’on porterait ensuite au tailleur ou à la couturière.

- Les hommes achetaient leurs outils : entre autre, la bigue pour arracher les pommes de terre, la faucille pour la moisson, la sillote pour la traite, le passe-partout pour scier le bois, la senura pour le grain.

- Voici ce que j’ai retenu des récits de mes grands-pères. Pour mon compte, j’ai commencé à aller au marché vers 1928-1930. Les choses avaient déjà bien changé : plus de pétrole, la fée électricité l’avait remplacé. Les femmes achetaient des lessiveuses, des cristaux de soude et de javel, plus de bouilla pour la lessive. On ne faisait plus filer la laine, ni tisser le chanvre. Maintenant on achète des habits tout faits, on délaisse la blouse et les galoches mais les hommes portent des souliers et des vestes de velours.

- On ne fabrique plus son propre pain, c’est le boulanger qui s’en charge, en échange de la farine qu’on lui apporte. On achète du café, du chocolat, des abats, de la VIANDE ! On boit du vin toute l’année, alors qu’il était réservé au moment des battages ! La coutume était d’en acheter un barricot !

- Les coquetiers possèdent une camionnette, les services de cars se mettent en place. Aussi les gens ont-ils plus de temps et les hommes commencent II s’attabler pour quelques belotes et les femmes assistent aux audiences publiques de la Justice de Paix.

- Et c’est l’engrenage de la motorisation, de la mécanisation, le développement des coopératives, et petit à petit, les marchés ont perdu leur animation, leur tradition. Peut-être, est-ce parce que la majorité des producteurs n’y vont plus vendre mais pour acheter ?


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